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L’assurance ne paie pas toujours la rançon

La compagnie d’assurance Axa a annoncé qu’elle suspendait temporairement son option «cyber rançon», qui proposait de soutenir les entreprises victimes de ransomwares en payant une rançon. Une pratique qui ne fait pas l’unanimité.

L’assurance ne paie pas toujours la rançon!

Axa France ne paie plus de rançon: la compagnie d’assurance a annoncé la suspension de son dispositif de «cyber rançon», option proposée depuis mi-2020 aux entreprises souscrites à l’assurance cybersécurité proposée par Axa. Comme l’explique Axa France, ce revirement brutal est venu directement du discours du directeur de l’Anssi et du parquet de Paris à ce sujet lors d’une audition au Sénat. Guillaume Poupard avait mis l’accent sur le «jeu nuageux» des compagnies d’assurance, qui, en facilitant le paiement de la rançon, faisait donc des entreprises françaises les principales cibles des cybercriminels.

Les compagnies d’assurance en situation délicate
Pour AXA France, qui proposait ce type de service, la déclaration a fait son effet. Comme l’explique un porte-parole de la compagnie d’assurance, «dans ce contexte, AXA France, qui avait fermé sa gamme avec une option dans ce sens, a jugé opportun de suspendre sa commercialisation jusqu’à ce que les conséquences en soient tirées. De ces analyses et que le cadre de l’intervention d’assurance soit clarifié. Il est important que les pouvoirs publics concrétisent leur position sur cette question afin de permettre à tous les acteurs du marché d’harmoniser leurs pratiques « .

Il précise néanmoins que cette suspension n’affecte pas le reste du contrat de cyber-assurance proposé par l’assureur, qui continuera à proposer à ses assurés le reste des services liés à ce contrat. La possibilité de cyber-rachat était offerte aux entreprises ayant mis en place une politique de sécurisation du système informatique et réservée aux «cas marginaux» où le paiement d’une rançon était considéré comme la seule solution disponible. De même, cette option était réservée aux entreprises ayant déposé une plainte. Et dans l’hypothèse où la plainte serait adressée aux services antiterroristes, AXA France déclare avoir alors refusé de rembourser le paiement de la rançon.

L’audience du Sénat a incité les compagnies d’assurance à prendre position sur cette question délicate. AXA France n’est pas le seul du secteur à proposer ce type de service: le mois dernier, la compagnie d’assurance Hiscox expliquait à L’Argus de l’Assurance que ce type de prestation faisait partie de leurs contrats, même si cette éventualité est toujours présentée comme «solution de dernier recours». D’autres acteurs de terrain, comme Generali, en revanche, sont radicalement opposés à ce type de pratique.

Paiements de rançon dans la ligne de mire
A la suite de cette consultation, on apprend notamment que la Direction générale du ministère des Finances a confié au Haut Comité juridique de la Place des Finances de Paris la mise en place d’un groupe de travail sur la question du paiement de la rançon. Cela devrait conduire à une série de recommandations sur le sujet et clarifier la position des autorités sur la légalité de cette pratique.

L’interdiction des paiements de rançon est un problème difficile, mais qui se fait de plus en plus entendre au milieu des nouvelles technologies. Fin 2020, la société de cybersécurité Emsisoft a publié une colonne exhortant les gouvernements à interdire le paiement d’une rançon pour freiner les attaques de ransomwares. Dans le même temps, le département américain du Trésor a rappelé que le paiement d’une rançon à certains groupes pouvait entraîner des sanctions pour l’entreprise victime. Début 2021, l’ancien chef de l’agence britannique de cybersécurité a également appelé à une modification de la loi pour interdire à nouveau le paiement d’une rançon pour éviter de financer un écosystème criminel.

Les montants des rançons faisant l’objet d’un chantage à la suite d’attaques de ransomwares augmentent depuis plusieurs années. Selon une analyse de Palo Alto Networks, la rançon moyenne payée par les entreprises en 2020 a triplé, passant de 115.123 dollars en 2019 à 312.393 dollars en 2020, avec un montant record pouvant atteindre 30 millions de dollars. Cette croissance reflète le changement de tactique des cyber-attaquants qui augmentent le pouvoir de levier de leurs victimes et n’hésitent plus à attaquer les grandes entreprises susceptibles de payer une rançon plus importante.

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